L’entretien…

C’est assez naïvement que j’avais imaginé que le Monsieur de la banque qui m’avait contacté n’était (comme bien souvent d’ailleurs) ni
plus ni moins qu’un directeur d’agence.

Pourtant, une fois arrivé sur place, j’ai bien du me rendre à l’évidence que ce Monsieur était sans doute plus « important » dans le
recrutement, qu’un « simple » directeur d’agence. Oui parce que l’adresse qui m’avait été donnée m’a conduite tout droit au siège de la caisse régionale de
cette fameuse banque. Et il était alors évident que mon entretien se ferait avec le DRH.


J’entre dans l’immense hall, avec mes belles vraies chaussures. Mes talons claquent, c’est la première fois que j’ai cette démarche
bruyante de Madame. Mes talons claquent et je boite. Pas à cause des chaussures non, mais depuis la veille, j’ai trois points de suture en bas de la cuisse, juste au dessus du genou.


Je m’avance vers la standardiste, me présente et explique m’a venu en ces lieux. Elle semble déjà au courant de mon rendez vous. Elle me
donne un badge avec mon nom et celui du DRH puis me demande de patienter. Je m’installe et j’attends.
Dix, puis vingt minutes, enfin elle m’appelle. M’accompagne vers les ascenseurs et m’explique comment me rendre au bureau de Monsieur le DRH: 3eme étage, à gauche en sortant, une puis deux portes
vitrées…deuxième bureau à droite.

Je souffle dans l’ascenseur. Je sors, je tourne à gauche, je passe la première puis la deuxième porte. Je n’ai pas le temps de m’avancer
plus qu’un homme s’avance rapidement vers moi, se présente en me tendant sa main que je m’empresse de serré en me présentant à mon tour.

Il n’est pas du tout comme je me l’étais imaginé. Un peu plus âgé, et plus petit. Mais c’est sa cravate rouge vif, que je remarque tout de suite. Cet homme est un original, tout le monde ne peux pas porter aussi bien, aussi naturellement une cravate d’une pareille
couleur.

Il  me demande de le suivre. Mais il ne marche pas, il vole. J’essai tant bien que mal de le
suivre entre mes chaussures qui se révéleront être de vraies patinettes sur la moquette de l’étage et ma jambe droite blessée.


Son bureau étant occupé, nous nous installons dans une immense salle de réunion.
Il a oublié mon C.V sur son bureau…qu’a cela ne tienne, j’en ai deux tout neuf dans ma pochette.

Il l’observe rapidement. Puis il tique sur le nom de la ville ou se trouvait mon lycée. « La cité des
peintres »
.
Il me demande si je connais les peintres qui ont fait la renommé de cette ville. Je cite celui qui a donné son nom à mon lycée. Puis un autre, Ravier.
Ce nom lui fait pétiller les yeux. Il m’explique que son père possédait une toile de ce peintre mais que cet idiot (c’est lui qui le dit) l’a vendu. Il me raconte que son arrière grand père était
régisseur de ferme dans l’un des châteaux qui se trouve prêt de cette ville.

La discussion se poursuit, un peu sur moi, souvent sur tout et n’importe quoi.
Il m’explique qu’il préfère les candidats qui comme moi, on eut un peu un parcours accidenté. Il dit que ce sont ces candidats là qui ont un meilleurs potentiel, plus de hargne, plus d’envie car
ils ont galérés, déjà mangé leur pain noir.

Il me demande pourquoi à mon avis les échecs sont parfois une bonne chose. La réponse que je lui donne le ravi. Il me dit que cette
réponse est preuve d’une belle maturité. Je me dis que ce n’est pas ce qu’a pensé le DRH d’une autre banque concurrente, qui s’il avait lui aussi sentit mon potentiel me trouva à l’époque
(c’était il y a deux ans) « pas finit de construire »…je le pense fort mais je ne le dis pas.


Il me parle de son neveu, d’un autre neveu. D’un candidat qu’il a recruté, d’un même profil que moi et qui quatre ans seulement après
est déjà directeur d’agence. C’est le genre de carrière dont je rêve et ça je le lui dis.

Je lui explique que je me suis donné un an pour trouver un emploi avec seulement le niveau BTS et
que si ça ne marchait pas, je recommencerai mon BTS en alternance cette fois ci. Il trouve que cette idée de se donné un an est excellente. Tout comme refaire mon BTS en alternance.


La discussion se poursuit. Il me demande quels sont mes loisirs, je lui parle de la lecture et d’Internet. Les blogs, la création de
site web. J’en viens même à lui parler de mes furets…


Il m’explique qu’il ne veut pas me mener en bateau et que s’il m’embauchait maintenant en CDD, cela durerait six mois, peut être un an.
Et puis je passerai devant une commission d’embauche et que comme maintenant ils font bien attention à ce que les gens aient des diplômes, il est fort possible qu’il ne me garde pas.

Il me conseille de revenir avec mon BTS en poche et qu’a ce moment là, rien de s’opposera à une embauche.
Néanmoins, il me dit qu’il renverra mon C.V à l’agence où je l’ai envoyé avec la mention « OK pour CDD ». Ce qui me permettra sans doute de travailler cet
été.

Nous sortons de la salle. Il me raccompagne jusqu’aux ascenseurs. Une dernière poignée de main, je lui souhaite une bonne
journée.


Dans l’ascenseur, je ne peux m’empêcher de rire. C’est l’entretien le plus étrange que j’ai jamais vécu.
Je sors de l’ascenseur m’avance vers la standardiste, lui rend le badge.

Mes talons claquent une dernière fois dans l’immense hall. Mes talons claquent et j’espère qu’ils auront l’occasion de claquer
victorieusement cette fois-ci, dans ses mêmes lieux d’ici quelques années.

Je sors, les portes se referment derrière moi.


2 thoughts on “L’entretien…”

  1. Ben en voilà un entretien sympa !! Le dernier que j’ai eu (avant mon embauche il y a 6 ans) donnait le ton de mon futur cauchemar « et pour vous, ça veut dire quoi commencer à 8 h 30 ??? »… Pas question de parler de mes chats !!!

    Bisous P1prenelle !

  2. Lol. C’est sur que j’ai eu de la chance sur ce coup là. Je ne vais pas dire que c’était un des meilleurs moment de ma vie, mais c’était plutôt agréable comme entretien ! ;o)
    Bisous.

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